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Auteur Sujet:   France-Algérie : une réconciliation est-elle possible ?
René BONNEL
 
  

posté le 02-Oct-2006 18:04             envoyer un email a René BONNEL               


Le week-end prochain des 6, 7 et 8 octobre, je participerai comme chaque année au festival du livre de Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes. Depuis 1988, cette manifestation de grande audience rassemble environ 350 auteurs et près de 200 éditeurs. Un large public s?y retrouve autour d?une trentaine de débats et d?une centaine d?interviews.

« Hommes, femmes en quête de libertés », tel est le thème de cette année placée sous la présidence d?honneur d?Axel Khan.

Samedi 7 octobre, le programme annonce une table ronde sur le thème :


Algérie-France, les réconciliations sont-elles possibles ?

avec Benjamin Stora, Souâd Belhaddad, Fatima Besnaci-Lancou, Maïssa Bey, et Georges Morin, animé par Frank Nouchi du journal le Monde.

J?espère me libérer pour assister à ce débat et vous en faire le reportage dans cette rubrique que j?ai placée sur le forum de Koléa ¾ alors que le sujet en dépasse les frontières ¾ pour m?assurer de la modération des avis qui seront toujours les bienvenus dans leur diversité tant qu?ils contribueront à nous éclairer.

Enfin, l?Orchestre régional de Cannes - Provence-Alpes-Côte d?Azur et ses 43 musiciens, sous la direction de Philippe Bender, proposeront un concert exceptionnel accompagné de lectures de Retour à Tipasa, de mon cher Albert Camus, par Maïssa Bey.

Cette formule de concert littéraire avec l?orchestre régional a été inaugurée par votre serviteur le 19 novembre 2005. On m?avait demandé en effet d?écrire un dialogue entre deux comédiens (un adulte et une adolescente) pour tenter d?expliquer de la façon la plus simple et la plus pédagogique possible ce qu?on entend par « laïcité » aujourd?hui.

Ce texte a été acclamé par 600 spectateurs debout, de toutes confessions, de toutes opinions, de toutes origines, et beaucoup m?ont dit que la justesse des mots choisis leur avaient donné « la chair de poule ». C?est le plus beau compliment que l?on puisse faire à un auteur (anonyme), puisque de simples mots assemblés comme des notes ont suffi à transmettre l?émotion qu?il recherchait pour donner un autre accès au sens.

Pour reprendre ce qu?écrivait Titi récemment sur ce site : « Ça montre aux critiques que nous ne sommes pas QUE des mangeurs de merguez ! » Non, mais?



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Auteur Sujet:  
TITI
 
  

posté le 03-Oct-2006 17:40     envoyer un email a TITI                     

Cher René,



J'ai lu avec attention ton billet concernant la question de la réconciliation France-Algérie. C'est une grande idée mais le projet va rencontrer de nombreux obstacles notamment quand il s'agira de tenter de franchir celui du souvenir de ceux d'entre nous qui ont perdu, "la-bas", de nombreux êtres très chers et dont on peut comprendre le ressentiment ,et,  pour le moins. la douleur, l'amertume que cette période d'horreur vient de nous faire vivre, notamment quand la disparition de ces êtres chers a été suivie de l'obligation, pour nous, de quitter notre pays. Plus de quarante années en France Métropolitaine m'ont souvent montré que l'essentiel pour cette France a été de se débarrasser au plus vite du "problème" algérien, quitte pour certains politiques de l'époque à renier leurs engagements sous la houlette de celui dont je ne prononce jamais plus le nom de crainte de me salir la bouche ! Mais sans doute le temps est-il venu de tenter de reconstruire un pont entre les deux rives de la Méditerranée. Selon moi, cette réconciliation ne pourra se discuter qu'en dehors des politiciens précités, voire de leurs sicaires. Je n'aurai garde d'oublier que pour certains de nos "futurs ex-amis" il existe aussi et très probablement une "montagne" de griefs recevables difficiles à dépasser. La guerre est sale pour tout le monde ! Mon adhésion a un projet de ce type ne saurait faire fi du sort réservé aux Harkis, mes frères, qu'on ne saurait abandonner une seconde fois, après les massacres d'ORAN, notamment, avec la bénédiction ou sur l'ordre de celui qu'il n'est pas besoin que je cite pour que vous le reconnaissiez. Alors réhabilitons les d'abord et passons à la réconciliation en demandant de surcroit, aux tenants de la repentance, de fermer une bonne fois ce qui leur sert de bec !

Cher René bon courage sur le chemin ou tu t'engages courageusement. Il ne sera pas facile.
henni
 
  

posté le 03-Oct-2006 17:55     envoyer un email a henni                     

oui la reconciliation algero-fran�aise �est toujours possible cher monsieur pour cela il faut que� les responsables politiques� des 2 cotes soient prets mentalement
les algeriens sans oublier le pass� doivent savoir pardonner ou alors � quoi sert la concorde nationnale� les fran�ais quant � eux tout en regardant vers l'avenir doivent faire leur mea-culpa cel� sans se faire auto flageller



Modifié le 08-Oct-2006 18:12 par admin
Olivier-Lefebvre
 
  

posté le 03-Oct-2006 18:27     envoyer un email a Olivier-Lefebvre                     

" Hommes, femmes en quête de libertés " , vaste programme, malheureusement toujours d'actualité...Merci de faire la synthèse des débats pour ceux qui, comme moi, ne pourront assister à ce festival à cause de l'éloignement.
                            Edmée Olivier-Lefebvre
Mourad
 
  

posté le 04-Oct-2006 11:57     envoyer un email a Mourad                     

Salut!
Merci René de nous informer ainsi, des manifestations "culturelles" ...j'en serai énormément reconnaissant, si vous nous faites partager le plaisir de lire le texte que vous avez rédigez pour l'évenement: "concert littéraire". Pour la réconciliation, oui, les moyens existent, la politique l'affirme, la nécessité l'exige, il manque la volonté des hommes d'y oeuvrer dans ce sens si je ne me trompe pas.
René Berton
 
  

posté le 04-Oct-2006 13:04     envoyer un email a René Berton      Adobe Acrobat document                

Bonjour René
Merci pour l'info.
Le thème de ce Festival du Livre offre l'occasion de se souvenir avec émotion de Georgette Mécili, poétesse,fille de Chaïba,ancienne élève de l'école de Messaoud et du Cours Complémentaire de Koléa (1951-1955).
Voici un de ses poèmes:



 
fils de chahid
 
  

posté le 05-Oct-2006 22:39     envoyer un email a fils de chahid                     

Je ne pense pas qu?il puisse y avoir une réconciliation avec la France c?est dur de tout oublier, l?Algérie a tout le temps déclarer  dans ses discours politiques « tournons la page sans la déchirer » je souhaite savoir ça arrange qui une réconciliation, peut être les nostalgiques de l?Algérie française, les harkis, les pieds noirs, mais jamais un algérien qui a vécu les souffrances  de la colonisation et ceux d?après la colonisation car les séquelles de la colonisation demeurent  jusqu'à aujourd?hui

On souhaite oublier la France, ses positions politiques qui ont tout le temps nuis tout le temps à l?Algérie, on souhaite tourner le dos à la France ;

Quand je me souvient de la position de la France quand le parti du ex FIS a été dissout j?avais  envie de vomir.

Tous les maux de l?Algérie viennent de la France qui n?a jamais accepté une Algerie libre et indépendante  ,le Général de Gaule lui-même a dit «  nous reviendront  dans trente ans en Algérie » et ne serais ce que pour cette déclaration nous n?accepterons jamais jamais une réconciliation Algero - française ;

Nous voulons la paix sans la France, le développement sans la France le meilleur sans la France et le pire sans la France.


fils de chahid et fiere de l'etre
 
  

posté le 06-Oct-2006 22:30     envoyer un email a fils de chahid et fiere de l'etre                     

Je ne comprends pas du tout pourquoi on censure les réponses que j?ai faites  à Monsieur Renet bonnel  et TITI c pas du tout juste car je n?ai été ni agressif ni grossier je n?ai fait que donner mon avis sur   Algérie-France, les réconciliations sont-elles possibles ? Cette réconciliation ne peut avoir lieu pour des raisons que tout le monde connaît : «  l?Algérie a tourné la page de la guerre d?Algérie la mais sans la déchirer » publier ce qui vous arrange Mr le censeur.


René BONNEL
 
  

posté le 10-Oct-2006 17:30     envoyer un email a René BONNEL                     
Les participants au débat :

Maïssa Bey, Bleu, blanc, vert, L'Aube (Photo 1)
Née en 1950 au sud d'Alger, elle est mère de quatre enfants et travaille à l'Éducation nationale en Algérie. Elle a déjà publié Au commencement était la mer (Marsa, 1996), Nouvelles d'Algérie (Grasset, 1998 - Grand prix de la Société des gens de lettres), puis chez l'Aube, Cette fille-là en 2001 (Prix Marguerite-Audoux) et Surtout ne te retourne pas en 2005.

Benjamin Stora, Juifs d'Algérie, les trois exils, Stock (Photo 2)
Professeur d'histoire du Maghreb à l'INALCO (Langues orientales, Paris), il a publié Messali Hadj (Le Sycomore, 1982), Dictionnaire biographique des militants algériens (L'Harmattan, 1985), Algérie, Maroc. Histoires parallèles destins croisés (Maisonneuve et Larose, 2002).Il s'implique dans la recherche sur les conflits (Algérie, Vietnam) et la colonisation,.et réalise des documentaires pour la télévision.

Fatima Besnaci-Lancou, Nos mères la déchirure, Zellige (Photo 3)
Présidente de Harkis et droits de l'homme, elle explore dans ses travaux la mémoire et l'histoire des harkis. Elle est l'auteure de Fille de harki (L'Atelier), Nos mères, paroles blessées, une autre histoire de harkis (Zellige), et de Treize Chibanis Harkis (Tirésias), préfacé par Gilles Manceron.

Georges Morin, L'Algérie, Le Cavalier bleu (Photo 4)
Né en Algérie où il a passé sa jeunesse. Enseignant, élu local, il travaille activement au resserrement des liens entre les deux rives de la Méditerranée. Son dernier ouvrage, L'Algérie évoque la relation passionnelle que ce pays entretient avec la France et les multiples blessures qui se rouvrent sans cesse depuis la guerre.


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René BONNEL
 
  

posté le 10-Oct-2006 17:50     envoyer un email a René BONNEL                     
Samedi 7 octobre 2006 au Festival du livre de Mouans-Sartoux, salle comble pour un débat de deux heures devant un auditoire de Français d?Algérie mais notablement composé aussi de jeunes femmes algériennes.

Le débat était animé par Franck NOUCHI (né à Oran en 1956), responsable du supplément littéraire du journal le Monde.








Il faudrait avoir été ennemis pour envisager une « réconciliation »




« Pourquoi parler de réconciliation ? dit Fatima Besnaci-Lancou, je ne suis pas fâchée. Je sais que beaucoup de Français d?Algérie entretiennent des relations très fraternelles avec les Algériens. »

La réconciliation ne peut s?appliquer qu?entre deux peuples ennemis. Bien sûr, il y a en Algérie des anti-Français comme il y a en France des anti-Algériens. Le besoin n?est pas de se « réconcilier » mais de mieux se comprendre. La « réconciliation » entre individus est déjà largement en voie de réalisation et on assiste à la reprise ou à la naissance de réelles amitiés. La difficulté reste politique et diplomatique.

« Bienvenue chez toi. » est la phrase traditionnellement hospitalière qu?entendra quotidiennement tout Français qui retourne en Algérie.

Alors comment parvenir à se comprendre ? Le niveau politique est l?objet de constantes pressions. D?un côté comme de l?autre, en France comme en Algérie, il y a toujours une clientèle à ménager en vue d?une élection. Il n?y aurait donc pas grand chose à attendre des Etats et des hommes politiques. C?est probablement aux deux peuples à multiplier à la racine les échanges pour que la conciliation soit l?expression d?une volonté politique imposée par la base. C?est au niveau des individus que les choses doivent évoluer pour forcer le mouvement. Et c?est probablement ce qui est en train de se passer, même si les pas sont encore hésitants parce qu?on ne sait pas toujours dans quel disposition d?esprit se trouve l?autre. Il faut que l?Algérien sache que le Français qui retourne en Algérie ne remet pas en cause l?indépendance et qu?il est parfaitement respectueux du peuple algérien, des institutions qu?il s?est donnés et de sa religion. Il faut que l?Algérien sache que le Français qui ne serait pas dans cette disposition d?esprit n?aurait jamais l?envie ou l?idée de remettre les pieds dans ce pays. Accepter de retourner en Algérie c?est démontrer qu?on ne conserve aucune ranc?ur à l?égard de l?Algérien.

Après 1962, nous étions deux enfants dans la famille et l?indépendance nous apportait une exaltation tant nous étions persuadés que nous avions tous notre pierre à apporter pour construire quelque chose de nouveau, raconte Maïssa Bey. Chez moi, nous ne pensions pas que les Français allaient partir. Nous pensions que nous allions continuer autre chose, mais ensemble. La déception est venue de la politique, au point que cette génération d?après-guerre se demande aujourd?hui s?il est encore possible de vivre dans ce pays qui a vu petit à petit ses espaces de libertés grignotés.

Quant à la réconciliation dont nous parlons aujourd?hui, poursuit-elle, elle englobe aussi la réconciliation des Algériens avec eux-mêmes et surtout avec leur histoire.

Pour Georges Morin, les Algériens connaissent parfaitement la France et les Français s?imaginent connaître l?Algérie et véhiculent des idées reçues autant sur le passé que sur son actualité. Il faut bien dire que l?actualité politique de ce pays est souvent incompréhensible, et même les Algériens en Algérie ne comprennent pas toujours ce qui s?y passe.

Alors que nous avons réussi le rapprochement franco-allemand, pourquoi serait-ce si compliqué entre la France et l?Algérie ? C?est que l?Algérie est une terre de paradoxes, on y affirme tout et son contraire. Mais il n?y a jamais eu de haine entre Français et Algériens comme on pourrait l?imaginer.

Les Algériens ont toujours fait la différence entre un colon qui les opprimait et l?autre image du Français moyen d?Algérie. Ils gardent aujourd?hui le souvenir d?une autre France, celle des instituteurs, des médecins, la France des Lumières. Ils ont une bonne image de la France, mais en même temps c?est la France, et c?est ce qui les met dans l?ambivalence.




« La relation à la langue française est essentielle. »


Nous pensons les uns et les autres avec cet outil-là et c?est avec lui que nous partageons un certain nombre de valeurs. Même si une loi existe pour que tous les documents officiels soient rédigés en arabe, ce qui se comprend parfaitement, certains ministres du gouvernement ont installé un bureau de traduction dans leur ministère parce qu?ils maîtrisent mieux le français que l?arabe, dit Maïssa Bey. Cette langue commune devrait nous faciliter l?écriture de notre histoire commune pour que chacun en pèse bien tous les termes. Nous avons tout un passé à revisiter. Nous sommes deux pays sans cesse envahis. Sans un minimum de clarté, nous allons continuer à nous affronter et on ne peut rien construire de solide et de durable dans l?affrontement, la querelle, voire même la petite querelle qui ressort de l?enfantillage. A ce propos, Maïssa Bey raconte cette anecdote : un jour son fils rentre de l?école et lui dit que son professeur lui a interdit désormais d?écrire au stylo bleu et rouge. Il devra obligatoirement rédiger ses devoirs à l?encre verte. A première vue, professeur elle-même, elle comprend bien l?interdiction du rouge pour ne pas confondre évidemment l?écrit de l?élève et les corrections. Ensuite elle se dit que le vert est la couleur de l?Islam, alors pourquoi pas ? Mais son fils lui dit que non, elle n?y est pas du tout. Le professeur leur a expliqué qu?écrire en bleu sur une page blanche corrigée en rouge reproduisait le drapeau français et que ça n?était plus possible?

C?est un glissement primaire qui nous fait peur, dit-elle. Il faudrait que nous renoncions à ces gamineries pour aller vers autre chose de plus construit.

Qui sommes-nous ? se demande les Algériens. Que veut dire « être Algérien » aujourd?hui ? « Les idéologues ont voulu poser des barrières et il a fallu se situer dans un camp ou dans un autre, dit Maïssa Bey. L?histoire a été falsifiée, tronquée pour la seule glorification des héros. Ce qui a provoqué un glissement vers le rejet de l?autre avec l?effet pervers du rejet d?une partie de soi. Aujourd?hui on voudrait que mon histoire se situe d?un côté ou de l?autre. »

Le sort douloureux des Harkis


Fatima Besnaci-Lancou témoigne, l?émotion dans la voix, de ce qu?elle a vécu en tant que fille de harki. La manière dont la France les a traités ne nous met pas en situation de donner des leçons au président Bouteflika. Les camps « d?accueil » comme celui de Rivesaltes, camp d?urgence avec barbelés et mirador, avec la conviction d?être des relégués, des pestiférés. Rejetés en France et en Algérie, ils ont vite appris à tout supporter et à se taire de crainte d?être renvoyés dans leur pays d?origine. Un syndicat avait donné des consignes pour que les Harkis ne soient pas embauchés et une circulaire préfectorale de 1964 avait interdit qu?on leur accorde une HLM puisqu?ils étaient? déjà logés.

« J?ai entendu, dit Fatima, Madame Alliot-Marie dire qu?ils avaient fait le bon choix. Mais c?est faux, ils n?ont rien choisi, ils ont été portés par une histoire, voilà qui sont ces hommes ! » Il ne faut pas occulter la douleur des Harkis, car c?est aussi l?histoire des Algériens.


Rentrer dans la souffrance de l?autre


C?est à tout ce travail historique difficile qu?il va bien falloir s?atteler un jour. Il y a du boulot pour les historiens et on ne fera plaisir à personne, dit Benjamin Stora : « Tout le monde dans cette affaire est en situation victimaire. Personne ne veut se considérer comme responsable. Les 1.500.000 jeunes du contingent disent : on n?a fait qu?obéir aux ordres. Les officiers disent : nous prenions nos ordres auprès du pouvoir politique. Quant à la classe politique, personne ne veut prendre la moindre part de responsabilité. La gauche n?assume pas la part qui est la sienne. La droite renvoie à la droite nationale et sur ceux qui ont rejoint l?OAS. In fine, reste la responsabilité de De Gaulle. Reste un mort. Soyons sérieux. »

Ce que vous dites en France est très sophistiqué, disent les Algériens, mais en Algérie il y a eu des milliers de morts. « Toutes les familles algériennes ont souffert aussi. On ne peut pas écrire cette histoire si on la tronçonne. Comment veut-on qu?ils puissent accepter une écriture de l?histoire sans qu?il y ait la mise en évidence de leur souffrance ? poursuit Benjamin Stora. C?est tout l?enjeu d?une écriture « en miroir ». Il faut rentrer dans la souffrance de l?autre, sinon c?est impossible. Il faut accepter que l?autre ait pu souffrir de pertes énormes. Sinon, on prend le risque de la mise en spectacle d?une mémoire non partagée. Le travail de l?historien est de donner l?ensemble des points de vue.

Quant à la repentance : « Pourquoi inventer de faux débats sur une repentance que personne n?a demandée ? Personne. »

Reste pour l?historien le problème des sources. Pour Benjamin Stora, il faut d?abord définir un point de vue méthodologique. Ensuite, les archives, on les trouve. En France,  

La difficulté est de travailler sur les sources des services de police (SDEC, DST, etc.) Pour ce qui concerne les archives algériennes, on ne peut pas mettre la difficulté sur le même plan. Ce sont des archives de l?ombre, confisquées par certaines personnes. Ce sont des archives de groupes et non d?Etat, celles du GPRA par exemple. Alors comment surmonter ces obstacles ? « En prenant la parole des témoins et des acteurs. Il faut avoir recours aux archives orales. » C?est ce qu?a fait Fatima Besnaci-Lancou pour son dernier livre en relevant le témoignage de 73 femmes illettrées. Les archives sont dans l?oralité. Il faut recueillir la parole puis critiquer (c?est-à-dire analyser) si l?on ne veut pas rester prisonnier du discours communautaire.

Se dire les choses, comme dans une relation passionnelle


Pour Maïssa Bey, nous donnons l?image d?un couple qui se serait très gravement blessé. « Même si on s?aime très fort, on ne peut pas se réconcilier si les choses ne sont pas dites. Faisons l?effort d?aller l?un vers l?autre. C?est essentiel. Si l?on veut faire table rase, il faut alléger le poids du non-dit. Ça justifie notre travail, nous historiens ou romanciers. »

Et Georges MORIN de conclure : « Le tête à tête France-Algérie est très compliqué parce que très passionnel. Apprenons à regarder notre histoire commune ensemble. Apprenons chacun à regarder l?histoire de l?autre. »


 
(Propos rassemblés et synthétisés par René BONNEL.)




René BONNEL
 
  

posté le 10-Oct-2006 18:01     envoyer un email a René BONNEL                     
Octobre 2006. Benjamin Stora et Maïssa Bey au salon du livre de Mouans-Sartoux (06) pour parler des relations entre Français et Algériens.


(Photos René Bonnel pour Kolea-bone.net)



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René BONNEL
 
  

posté le 10-Oct-2006 18:11     envoyer un email a René BONNEL                     

Je voudrais remercier Titi, Henni, Edmée, Mourad et René pour leurs commentaires et leur apport. J'ai essayé de restituer le plus fidèlement possible ce que j'ai entendu et j'ai fait de mon mieux pour alimenter notre réflexion à tous. Puisqu'il faut donc que "les choses soient dites", sans haine et sans polémique. Retrouvons-nous autour de ce qui nous rassemble sans nous perdre dans ce qui nous divise.

Amicalement,

René
TITI
 
  

posté le 11-Oct-2006 11:36     envoyer un email a TITI                     

Cher René,

C'est toi qui doit être remercié notamment pour le soin que tu prends à tirer les "choses" vers le haut. Un message auquel JP répond montre les difficultés que l'idée de "réconciliation" rencontrera sur sa route. Volonté d'aboutir mais fermeté totale sur les options préalables indiquées dans mon précédent message fixent un seuil personnel que je ne franchirai jamais :

Pas de repentance pour des PN qui ont valorisé ce pays avant d'en être rejetés ! Manquerait plus que ça. Par contre repentance pour ceux qui ont sacrifiés, notamment les HARKIS en les livrant pieds et poings liés à leurs tortionnaires. Que les "politiques" de l'époque se repentent en effet ! Ils sont connus et dorment tranquilles semble t-il.

Réinsertion loyale des harkis mes frères dans la République avec les même droits que tous les nationaux. C'est le moins que l'on puisse faire après tant d'injustices à leur égard!

3 Que toutes les vérités soient dites et que les menteurs, notamment politiques ou professionnels se taisent enfin. Eux aussi sont connus et se reconnaitront.



Je me répète surement mais ce sont mes "tripes" qui parlent , si j'ose dire.



Enfin une dernière remarque, qui me brûle le lèvres. Un universitaire, très "médiatique" et prétendument PN, participe à ces travaux sur la réconciliation. Sa présence me gène car je ne lui fait pas confiance. C'est anécdotique mais il fallait que je le dise. Etre PN ce n'est pas seulement être né en AFN, c'est avoir "la fibre" !et là, elle me parait singulièrement absente.

Travaille bien RENE, ce que tu fais est formidable.
Jacques Peyraud
 Administrateur Système
  1064 message(s)

posté le 10-Oct-2006 22:59     envoyer un email a Jacques Peyraud                     
Votre message n'a pas été "censuré", fils de Chaïd .
Le résumé par René Bonnel du débat sur "Algérie-France, les réconciliations sont elles possibles" vous montrera qu'il est possible de regarder vers l'avant sans pour autant oublier un passé douloureux...



P'TIT
 
  

posté le 12-Oct-2006 13:48     envoyer un email a P'TIT                     

Bien qu'il soit un sujet qui fache certaines personnes des deux rives de la Méditerranée,  la reconcialiation est possible pour une grande majorité des Algériens.

Ceux qui ne voudront pas, on les connait , qu'ils soient en Algérie ou en France.

Que Dieu leur pardonne pour leur haine envers leurs semblables.

 D'ailleurs, il est temps de forger nos esprits et ceux de nos enfants par une amitié sinçère. Ce qui se fait sur ce site, n'est qu'un début et j'en suis  sur que beaucoup viendront nous rejoindre.

La majeure partie de nous est née sur un même territoire qu'est l'Algérie. Cette terre tant chérie par nos parents. Essayons donc de parler que de l'avenir.

Certes tout est dans les mains du gouvernement Français. Il reste muet sur certains crimes humanitaires perpétrés en Algérie (ex. SKIKDA).

"Pourquoi rester muet sur d'autres crimes commis par la France et voter une loi sur le génocide Armémien"  dite par  un député Français à la sortie de l'Assemblée , hier soir.

Justement c'est là où le mal blesse. Mais que peut-on faire nous? Absolument rien!

Alors il est temps pour nous de construire notre amitié par des liens de fraternité durables.

Je ne sais pas si mon message va passer ou non, mais je viens de dire sincèrement ce que je pense. Le reste, je le garde pour moi même.

Monsieur le Webmaster, ayez l'obligeance de nous répondre lorsque vous censurez nos messages. MERCI .


René BONNEL
 
  

posté le 18-Jun-2007 17:15     envoyer un email a René BONNEL                     
Nous remercions le site "Harkis et Droits de l'Homme" - www.karki.net - qui a repris l'intégralité de notre reportage sur ce débat.

Voir le texte :

http://www.harki.net/article.php3?id_article=133

Le site :

http://www.harki.net
kader
 
  

posté le 26-Jul-2007 01:22     envoyer un email a kader                     
la reconciliation se fera doucement mais surement comme dit le proverbe malgré que j'ai
été victime durant les manif à Koléa de tires croisés d'un fusil "gara" par Kaddour (Harki) qui habitait à l'entré de l'école ou enseigné Mr Lofredo (face au fergeron) et qui a faillit me tuer moi et mon jeune frère. Dieu avait décidé de nous préservés la vie à ce jour où nous sommes en très bonne santé alors que lui il a du vivre tant de remords. Ayant vécu avec des amis français je n'ai en aucun cas eu une quelconque haine envers eux Mais
c'est dur de pardonner à des gens qu'ils soient de souche arabe ou français du fait qu'ils ont les mains tachés de sang pour les tortures et les crimes qu'ils ont commis et auquels nous avons été témoins malgré notre jeune âge.Alors qu'il suffisait de nous traités comme des "Bougnoules" - " Fellagas "
et j'en passe et de nous accorder notre liberté en installant une paix durable entre
les hommes qui vivaient sur cette terre qu'est l'Algérie

René BONNEL a écrit:
>

> Le week-end prochain des 6, 7 et 8 octobre, je participerai comme chaque année au festival du livre de Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes. Depuis 1988, cette manifestation de grande audience rassemble environ 350 auteurs et près de 200 éditeurs. Un large public s?y retrouve autour d?une trentaine de débats et d?une centaine d?interviews.

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> « Hommes, femmes en quête de libertés », tel est le thème de cette année placée sous la présidence d?honneur d?Axel Khan.</span></strong>

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> </span>Samedi 7 octobre, le programme annonce une table ronde sur le thème :

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> Algérie-France, les réconciliations sont-elles possibles ?

> </font></font></span></i></b>

> avec Benjamin Stora, Souâd Belhaddad, Fatima Besnaci-Lancou, Maïssa Bey, et Georges Morin, animé par Frank Nouchi du journal le Monde.

> </i></strong></span>

> J?espère me libérer pour assister à ce débat et vous en faire le reportage dans cette rubrique que j?ai placée sur le forum de Koléa </span>¾</span></span> alors que le sujet en dépasse les frontières </span>¾</span></span> pour m?assurer de la modération des avis qui seront toujours les bienvenus dans leur diversité tant qu?ils contribueront à nous éclairer.

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> Enfin, l?Orchestre régional de Cannes - Provence-Alpes-Côte d?Azur et ses 43 musiciens, sous la direction de Philippe Bender, proposeront un concert exceptionnel accompagné de lectures de Retour à Tipasa, </b>de mon cher Albert Camus, par Maïssa Bey.

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> Cette formule de concert littéraire avec l?orchestre régional a été inaugurée par votre serviteur le 19 novembre 2005. On m?avait demandé en effet d?écrire un dialogue entre deux comédiens (un adulte et une adolescente) pour tenter d?expliquer de la façon la plus simple et la plus pédagogique possible ce qu?on entend par « laïcité » aujourd?hui.

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> Ce texte a été acclamé par 600 spectateurs debout, de toutes confessions, de toutes opinions, de toutes origines, et beaucoup m?ont dit que la justesse des mots choisis leur avaient donné « la chair de poule ». C?est le plus beau compliment que l?on puisse faire à un auteur (anonyme), puisque de simples mots assemblés comme des notes ont suffi à transmettre l?émotion qu?il recherchait pour donner un autre accès au sens.

> </span></em>

> Pour reprendre ce qu?écrivait Titi récemment sur ce site : « </span></em>Ça montre aux critiques que nous ne sommes pas QUE des mangeurs de merguez ! » Non, mais?

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René BONNEL a écrit:
>

> Le week-end prochain des 6, 7 et 8 octobre, je participerai comme chaque année au festival du livre de Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes. Depuis 1988, cette manifestation de grande audience rassemble environ 350 auteurs et près de 200 éditeurs. Un large public s?y retrouve autour d?une trentaine de débats et d?une centaine d?interviews.

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> « Hommes, femmes en quête de libertés », tel est le thème de cette année placée sous la présidence d?honneur d?Axel Khan.</span></strong>

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> </span>Samedi 7 octobre, le programme annonce une table ronde sur le thème :

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> Algérie-France, les réconciliations sont-elles possibles ?

> </font></font></span></i></b>

> avec Benjamin Stora, Souâd Belhaddad, Fatima Besnaci-Lancou, Maïssa Bey, et Georges Morin, animé par Frank Nouchi du journal le Monde.

> </i></strong></span>

> J?espère me libérer pour assister à ce débat et vous en faire le reportage dans cette rubrique que j?ai placée sur le forum de Koléa </span>¾</span></span> alors que le sujet en dépasse les frontières </span>¾</span></span> pour m?assurer de la modération des avis qui seront toujours les bienvenus dans leur diversité tant qu?ils contribueront à nous éclairer.

> </span>

> Enfin, l?Orchestre régional de Cannes - Provence-Alpes-Côte d?Azur et ses 43 musiciens, sous la direction de Philippe Bender, proposeront un concert exceptionnel accompagné de lectures de Retour à Tipasa, </b>de mon cher Albert Camus, par Maïssa Bey.

> </span></em>

> Cette formule de concert littéraire avec l?orchestre régional a été inaugurée par votre serviteur le 19 novembre 2005. On m?avait demandé en effet d?écrire un dialogue entre deux comédiens (un adulte et une adolescente) pour tenter d?expliquer de la façon la plus simple et la plus pédagogique possible ce qu?on entend par « laïcité » aujourd?hui.

> </span></em>

> Ce texte a été acclamé par 600 spectateurs debout, de toutes confessions, de toutes opinions, de toutes origines, et beaucoup m?ont dit que la justesse des mots choisis leur avaient donné « la chair de poule ». C?est le plus beau compliment que l?on puisse faire à un auteur (anonyme), puisque de simples mots assemblés comme des notes ont suffi à transmettre l?émotion qu?il recherchait pour donner un autre accès au sens.

> </span></em>

> Pour reprendre ce qu?écrivait Titi récemment sur ce site : « </span></em>Ça montre aux critiques que nous ne sommes pas QUE des mangeurs de merguez ! » Non, mais?

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titi
 
  

posté le 08-Jul-2009 10:26     envoyer un email a titi                     

ma pirouette à propos des mangeurs de merguez.

 

Tu m'as beaucoup cité à propos de cette cabriole et je sens mon ego gonfler, gonfler à en exploser et la consécration serait de figurer avec celles de quelques gamins du même genre (!) tels que CHURCHILL (NO SPORT), GUITRY, etc...et paut être meme LA GRANDE ZOHRA (DIEU ME SAVONNE!). tu VOIS TOI MËME QUE CA GONFLE grave !

 

TITi
Claude
 
  

posté le 08-Jul-2009 21:52     envoyer un email a Claude                     

Pourquoi parler de reconciliation ? Leur en veut-on d'avoir voulu être totalement autonomes? Oui, bien sûr mais parce qu'au travers de leur volonté, les Français pieds-noirs que nous sommes ont dû partir. Ne parler que de reconciliation, c'est exposer le problème sous un angle purement franco-algérien, qui exclut la communauté française d'Algérie. Pourquoi ? Parce qu'il ne faut pas oublier [et même s'ils n'étaient qu'une minorité], que certains d'entre nous ont oeuvré pour une scission complète de l'Algérie par rapport à la Métropole. C'est dire qu'il y avait bien deux problèmes: celui des Algériens par rapport à la France et celui des Français d'Algérie par rapport à la France.

 

De ce fait, la reconcilitation franco-algérienne, s'il en est, n'est pas la reconciliation Pieds-noirs-Algérie.

 

Il y aurait donc, à mon avis, deux reconciliations à envisager.
Cyclope
 
  

posté le 02-Sep-2009 13:14     envoyer un email a Cyclope                     

Les deux reconciliations que vous faites allusion vont de paire et comme on dit chez nous "MOUSSA EL HADJ" ou EL HADJ MOUSSA ". La question n'est pas là car bien avant il y a le pardon et la reconnaissance des atrocités commises par les paras français sur le peuple Algérien surtout ceux du 08 MAI 1945 dans l'Est du Pays au moment où la France fêtait sur son territoire l'armistice. Savez vous que beaucoup de soldats Algériens ayant combattus les Allemands au côté des Français sont retournés en Algérie une fois démobilisés, se sont heurtés à cette barbarie quotidienne. D'ailleurs beaucoup ont même perdu leurs parents à cette période de fête de la libération du territoire français.

Je ne vois pas pourquoi la France tarde à reconnaître ses crimes odieux lorsque que le pays voisin qu'est l'Italie a déjà réglé ce contentieux avec la Lybie et depuis les deux peuples sont amis pour toujours.
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