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Auteur Sujet:   ouvrage sur l'Algérie
akram belkaid
 
  

posté le 10-Feb-2005 19:16             envoyer un email a akram belkaid               


Bonjour à tous et à toutes. Pour info, je publie un essai sur l'Algérie aux Editions du Seuil.
titre : "un regard calme sur l'Algérie" - Seuil - 283 pages.
principales idées :
 
- Du pouvoir :
Le pouvoir algérien est une " boîte noire " dont la nature est à la fois mafieuse et manipulatrice. A cela s?ajoutent l?incompétence, l?indécision mais aussi le mépris féodal pour le peuple. Quant à l?opposition démocratique, elle ne s?est toujours pas émancipée de la tutelle, directe ou indirecte, du pouvoir.
- Le mal-être algérien :

Depuis l?indépendance, la société algérienne souffre de l?absence d?un projet capable d?effacer le pessimisme et la crainte de l?avenir dont elle est imprégnée. A cela s?est ajoutée, au fil de la dégradation de la situation, une véritable mauvaise conscience qui s?illustre par la question implicite que se posent nombre d?Algériens : " sommes-nous dignes de cette indépendance arrachée dans le sang et les larmes ? "
- Les occasions manquées :

La société algérienne s?est très tôt résignée à la montée en puissance de la " vague " islamiste. La répression des émeutes d?Octobre 1988, avec son lot de jeunes fauchés par les balles ou torturés, a constitué le point de non-retour sur le chemin de la guerre civile. A l?époque, la société algérienne et les démocrates ont eu peur d?accompagner voire de prolonger la révolte au grand bénéfice du pouvoir et des islamistes.
- La " décennie noire " :

Pourquoi avoir peur des mots ? Ce fut une guerre civile qui a forgé un nouveau vocabulaire. La violence islamiste évolue désormais vers le banditisme. Les armes en circulation seront difficilement récupérables car les Algériens n?ont plus aucune confiance en un pouvoir qui n?a pas su les protéger.
- Un pays morcelé :

La violence a modifié le rapport des Algériens à leur espace, à leur sol. Il est temps de réaliser le danger que court cette terre qui se fragmente et se morcelle alors que le retrait de l?Etat ne cesse de s?accentuer.
- Le régionalisme :

C?est le mal profond qui ne connaît aucune barrière politique. L?identité des Algériens ? Elle est berbéro-arabe et la seule distinction pertinente concerne la langue maternelle (darja ou berbère). Le mythe de la race pure (arabe ou berbère) risque encore de conduire l?Algérie au chaos. Il serait temps aussi que disparaisse en France le cliché du " bon kabyle ", démocrate et laïc, contrairement à celui de " l?Arabe " voire de " l?Algérien " dont il ne faut rien attendre de bon.
- " Qui tue qui ? " :

Ainsi formulée, cette question a servi le pouvoir. Elle a éludé la seule qui aurait mérité d?être posée à l?époque des grands massacres : " pourquoi n?a-t-on pas protégé tous les Algériens de la même manière ? "
- Le pardon, l?amnistie et les disparus :

Il ne faut pas pardonner aux responsables du drame algérien. Le pardon est prématuré et quant au silence qui entoure la question des disparus, il est scandaleux.
- La violence et l?Histoire :

La violence durant la guerre civile a ravivé les polémiques sur la violence du FLN durant la guerre d?Algérie. L?auteur relève qu?en France, tout Algérien qui souhaite s?exprimer sur la période de décolonisation est sommé, pour être bien vu, de condamner les pratiques du FLN de 1954 à 1962. Il rejette cette démarche mais souhaite que les Algériens rompent avec " leur culture de glorification de la violence " et qu?ils se penchent sans tabou l?histoire de leur pays.
- L?économie et le bazar :

La libéralisation de l?économie algérienne est une supercherie faute notamment de volonté réelle de réformer et de s?affranchir du diktat néo-libéral des institutions financières internationales. Malgré les milliards de dollars tirés de la vente du pétrole, le pays régresse comme le montrent la multiplication des émeutes et le délabrement du système de santé.
- Le scandale Khalifa :

Ni blanchiment ni success story : l?ascension de Khalifa n?a été qu?une gigantesque opération de cavalerie. Un scandale qui révèle les errements de la société algérienne et l?effondrement des valeurs tels que l?honnêteté, le respect du travail,? Cette affaire permet aussi à l?auteur de rappeler qu?une véritable guerre est menée contre le secteur public économique algérien depuis le milieu des années 1990.
- Quitter l?Algérie :

C?est le rêve des jeunes et des moins jeunes. Partir ailleurs, c?est, entre autre, vivre enfin sans piston ni sponsor.
- L?armée :

_ dans les années 1980, l?armée s?est embourgeoisée et a connu une vraie crise de vocation. Elle n?était pas préparée à faire face à la violence. Le pouvoir a délibérément cassé son potentiel scientifique.
_ les services de sécurité doivent se défaire de la culture du rapt.
_ Il n?y a pas de révolution des ?illets à attendre des jeunes officiers mais le pays bénéficiera de l?influence que pourront exercer sur ces derniers les centres de savoir occidentaux.
- Pour les femmes :

Le statut des femmes algériennes ne peut s?améliorer qu?en tordant le coup à la démocratie à condition de respecter toutes les autres libertés. Une dictature qui utilise l?émancipation des femmes pour se forger une légitimité internationale met en danger ces mêmes femmes.
- La Tunisie :

Le contentieux algéro-tunisien s?est aggravé durant " la décennie noire ". Les Algériens ne prennent pas toujours la mesure de la rancune tunisienne à leur égard. De leur côté, ils entendent faire payer à la Tunisie son opportunisme durant les années 1990 qui a consisté à profiter du repoussoir algérien pour s?attirer les bonnes grâces de l?Occident.
- Le Maroc :

Algérie et Maroc n?ont aucun avenir s?ils ne s?unissent pas. Une véritable union, y compris politique. Ce n?est qu?ainsi que la région aura un avenir et, qu?au passage, sera réglée la question du Sahara.
- La France :

La France aiderait les Algériens en présentant ses excuses pour la période coloniale. Ces excuses sont aussi nécessaires pour stopper le révisionnisme actuel qui, en France, consiste à faire croire que le FLN, minoritaire, a imposé l?indépendance à une majorité d?Algériens qui n?en voulaient pas.
- Les harkis :

La France qui les a abandonné ou parqués sans droits, est la première responsable de leur malheur. Mais il est temps aussi pour les Algériens de pardonner, et de reconnaître que ceux qui ont été massacrés durant le printemps et l?été 1962, ont subi une déni de justice qui a entaché leur Révolution.
- Face à l?islamisme :

_sans l?implication des intellectuels francophones dans la bataille de la modernisation de la pensée musulmane, l?islamisme radical a de beaux jours devant lui.
_ les dialoguistes algériens ont commis l?erreur d?être parfois trop conciliants avec les islamistes pour ne concentrer leurs critiques que sur le seul pouvoir.
 
 



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Auteur Sujet:  
Jacques Peyraud,webmestre
 
  

posté le 10-Feb-2005 21:45     envoyer un email a Jacques Peyraud,webmestre                     

Quelques extraits des chapitres sur :
  • La decennie noire
  • La France
  • Les Harkis
en particulier ,seraient de nature à alimenter probablement un débat sur ce Forum et à informer ceux qui ne pourraient pas avoir accés à votre ouvrage. (cf. http://kolea-bone.net/w-agora/view.php?bn=koleabone_koleabone&key=1060081524&pattern=noire )
Cordialement

J.P.



Mourad
 
  

posté le 19-Feb-2005 13:33     envoyer un email a Mourad                     

Salut t'monde!
Apparement il y a deux discours contradictoires sur l'etat sécuritaire en Algerie, des courants antagonistes de tous bords s'acharnent a relater les "faits" selon leur but constructif ou destructif d'une Algerie si jeune en tant qu' "état" (pluto pseudo- état)... et ancienne par ses cultures et origines multiples et lointaines.
On a vécu une décennie noire (90) et meme des decennies rouges pendant la période coloniale et pre-coloniale. Aujourdh'ui la paix (par la, une stabilité politique) est plus que necessaire, qui ne se fait pas sans justice sociale, et sans l'application des droits de l'homme, qui je pense, on est loin, vraiment loin d'arriver a voir une lueur d'espoir. Mais continuant a voir les prémisses d'une volonté politique ( esperant la, sincerre ) qui s'est construit autour de l'actuel président en oeuvrant vers le progres et la modernité au niveau de toutes les institutions du pays qui ne se fait pas sans le changement des pratiques ( mentalité) et culture des hommes.
Et l'elargissement vers une concorde globale a pour but de ramener les forces diverses a travailler dans un but civilisateur. 
Mourad
 
  

posté le 21-Feb-2005 17:36     envoyer un email a Mourad                     

Je pense que ma derniere réponse devait se trouver sur : "ouvrage sur l'Algerie". Un grand merci si le modérateur puisse faire un rectificatif et la déplacer .
Amicalement
belkaid
 
  

posté le 04-Oct-2005 22:09     envoyer un email a belkaid                     

Un extrait de l'ouvrage :
Du pouvoir algérien : En février 1997, Scott Macleod, journaliste à Time Magazine, m?a interrogé sur l?exacte signification de l?expression le pouvoir que les Algériens utilisent à profusion dans n?importe quelle discussion à propos de leur pays. Sa question sous-entendait l?existence d?un groupe occulte comparable au sinistre Akazu rwandais, ce « mélange hétéroclite d?officiers de l?armée, de journalistes, politiciens, hommes d?affaires, maires, fonctionnaires? » qui gravitaient dans l?entourage de l?épouse du président Juvénal Habyarimana et qui furent le noyau concepteur du génocide tutsi au printemps 1994. J?ai eu beaucoup de mal à lui répondre et, aujourd?hui encore, je serais bien en peine de fournir une explication satisfaisante. Pourtant, ce livre fait souvent mention du pouvoir, du régime ou d?autres périphrases destinées à désigner, sans les nommer, ceux qui dirigent l?Algérie.

Le pouvoir : une boîte noire mafieuse
Au plus fort de la guerre civile, j?ai reçu diverses propositions pour publier un article ? voire plus ? sur la composition du pouvoir algérien, demandes que j?ai toujours déclinées. Contrairement à certains auteurs qui m?ont précédé dans la voie de la réflexion sur l?Algérie, je n?ai jamais été un acteur du système : ni politicien, ni ministre, ni officier de la sécurité militaire. Fournir des noms, mettre en évidence les liens claniques ou les pactes d?affaires, gloser sans fin sur tel ou tel général ne m?intéresse pas, et de toutes les façons je n?ai aucune compétence pour m?exprimer de façon sérieuse et détaillée sur un sujet qui, plus qu?une enquête journalistique, exige une connaissance fine, et sans cesse mise à jour, de l?intérieur du système.
Dans un violent réquisitoire contre le régime algérien, le journaliste Hichem Aboud, ancien officier de la sécurité militaire, s?est risqué en 2002 à dénouer les ficelles du théâtre d?ombres algérien. Pour lui, le pouvoir, c?est alors onze hommes, onze généraux issus pour la plupart de l?armée française, dont ils avaient déserté durant la guerre d?Algérie ? pour certains très tardivement ? afin de rejoindre le Front de libération nationale (FLN). Autour de ce noyau dur se seraient déployés plusieurs cercles concentriques de sous-traitants fidèles et intéressés du « club des Onze ».
L?ouvrage a été durement critiqué en Algérie comme en France, et il est vrai que le caractère parfois outrancier des attaques portées à l?encontre des généraux incriminés a desservi le sujet. Néanmoins, il s?agit à ma connaissance de la première tentative pour lever le voile sur le pouvoir. Mieux, la thèse fondamentale du livre ? le pouvoir algérien serait régi par un clan mafieux toujours soucieux de défendre ses intérêts matériels ? est non seulement crédible mais elle est aussi admise et défendue par une majorité de l?opinion publique algérienne.
Cela étant, la thèse du « club des Onze » mérite quand même d?être relativisée. Bien entendu, les généraux déserteurs de l?armée française ? surnommés pour cela les DAF ? ont souvent fait front commun contre des officiers authentiques maquisards ou formés en URSS, ou encore dans les académies militaires arabes du Moyen-Orient. Mais cette classification selon les parcours personnels des uns et des autres, voire selon leurs origines régionales, n?est pas gravée dans le marbre. En réalité, le pouvoir est une boîte noire et l?intérêt du moment est la seule logique qui guide les actes de ses membres. Cela signifie que, en Algérie, les clans se font et se défont, avec toutefois pour règle de base de toujours veiller à ne jamais faire vaciller le système.
Dans une bataille autour d?un contrat à attribuer à une entreprise occidentale ? laquelle paiera bien entendu d?importants pots-de-vin sur un compte en Occident ? ou encore dans une lutte d?influence pour acheter au prix d?un dinar symbolique une villa mauresque mise en vente par les Domaines, le DAF ou le « russe » choisira ses alliés selon les circonstances et le rival d?hier peut très vite devenir son meilleur soutien. Le noyau dur du pouvoir  n?est pas indivisible, étant lui-même constitué de particules sans cesse en mouvement, avec des trajectoires parfois sans logique apparente pour l?observateur extérieur. Il faut d?ailleurs recourir à un principe de mécanique quantique : on sait qui est membre du pouvoir mais on ne sait jamais avec qui il est lié dans le même temps. L?idée d?un noyau dur immuable est certes séduisante, voire confortable, mais elle n?est guère satisfaisante intellectuellement. Si le pouvoir n?est donc en rien comparable avec l?Akazu rwandais, ils ont toutefois des points communs : la voracité de leurs membres, le recours à la violence pour éliminer les gêneurs, la prébende érigée en mode de gouvernance, et surtout ni l?un ni l?autre n?ont eu de scrupules à provoquer le pire, c?est-à-dire la guerre civile, pour défendre leurs privilèges. Néanmoins, l?Akazu était construit sur une solidarité clanique et ethnique sans faille tandis que, à l?inverse, le pouvoir trouve son équilibre dans l?ajustement de plusieurs clans temporairement organisés autour d?alliances contre nature, d?amitiés forcées et, toujours et encore, de chasse à l?intérêt. En écrivant cela, j?ai conscience de contribuer à l?opacité qui entoure le pouvoir, mais avons-nous vraiment besoin de savoir quelle est la constitution exacte du premier cercle des dirigeants algériens ? Avons-nous vraiment besoin de savoir que le général X est le rival du général Z, que tel homme d?affaires a forcé sa fille à épouser le fils de tel ancien général ?? A Alger, les chancelleries occidentales raffolent de ces devinettes, car les réponses à ces questions sont effectivement primordiales pour un groupe étranger désireux de s?implanter en Algérie. Je connais aussi quelques journalistes algériens qui tiennent à jour des listes dans l?espoir qu?elles serviront plus tard à juger les criminels qui ont maintenu enfoncé le pays dans le désespoir, mais pour ma part, ayant en tête, comme la plupart de mes confrères, les noms des quelque cinquante personnes qui « défont » l?Algérie, seules les caractéristiques intrinsèques de leur association à but lucratif m?intéressent.
Décoder la boîte noire est en effet une perte de temps : l?essentiel est de comprendre trois choses. D?abord, le pouvoir est le premier ennemi du peuple algérien. Ensuite, il est une somme insoupçonnée d?incompétences, de manipulations hasardeuses, de kleptocratie débridée et de mépris souverain à l?égard du reste de la population.
Enfin, et pour toutes ces raisons, le pouvoir doit être effacé, remplacé totalement par des hommes et des femmes sans compromissions.
A l?ère des ordinateurs jetables, il n?y a aucun intérêt à tenter de réparer une structure moisie de l?intérieur : il faut s?en débarrasser.

Un pouvoir qui joue trop souvent les apprentis sorciers
Dans de nombreux chapitres, le discrédit du pouvoir apparaîtra de manière évidente, néanmoins j?aimerais insister sur sa nature et mettre sur papier quelques vérités, nécessaires, à mon sens, pour casser des mythes qui ont la vie dure. Il s?agit en premier lieu de celui de la vision machiavélique qu?auraient nos dirigeants de leurs affaires et, par conséquent, de celles de l?Algérie. Le machiavélisme sous-entend une intelligence, un savoir-faire et surtout une prédominance de l?intérêt à long terme, or c?est tout à fait l?inverse qui prévaut en Algérie.


Par : Akram Belkaï  Editions du Seuil, février 2005

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