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Auteur Sujet:   Journée de mai 1962 au Collège de l'Orangerie, Koléa ( souvenir)
Claude
 
  

posté le 17-Feb-2018 17:20             envoyer un email a Claude               

Tous les jours trois de mes copains et moi-même prenions le taxi de l'épicier Tahar de Douaouda-ville ( une frégate de couleur bleue) qui nous conduisait au Collège, moyennant finance que payait les parents.

A l'époque, il n'y avait pas d'autres moyens. A l'heure du départ, mon père était déjà loin, ayant pris le bus de l'AIA de Blida qui passait le matin.

Tahar était donc notre seul recours et nous voilà donc entassés tous les jours à l'arrière du véhicule.

Autant que je m'en souvienne, Tahar n'avait rien de méchant, en cette période trouble. J'étais en classe de 6ème et, à la fin de l'année, en juin, il nous amenait, cette fois à ses frais, déguster une pèche melba sur le front de mer à Castiglione.

Tout allait bien jusqu'à ce jour de mai 1962 ou le taxi fût stoppé par un barrage de parachutistes, à l'entrée du Koléa, près du cinéma. Nous fûmes donc invités à continuer à pied et notre chauffeur retenu par l'armée.

En fin de cours, vers 16h30, la grille du portail du Collège se referma; tous les élèves étaient partis sauf notre petit groupe qui regardait le portail avec inquiétude, dans l'attente du retour du taxi.

En fait celui-ci ne vint jamais.

Soudain, il y eut des cris et nous aperçûmes tout un cortège montant vers le Collège avec des drapeaux. Notre angoisse s'amplifia et nous courûmes vers la maison du directeur, traversâmes son jardin pour arriver contre le mur d'enceinte.

Se faisant la courte échelle à tout de rôle avec plus ou moins de bonheur, nous nous retrouvâmes dans la rue, face au stade de football. Tout à côté, il y avait des HLMs et je me souviens que des gens nous hébergeâmes dans leur appartement, fusils couchés sur la table de la salle à manger.

Un peu plus tard, le bus de l'AIA passa et je me revois dans le bus avec les ouvriers dont mon père, tout le monde couché dans l'allée centrale.

En remontant près du cinéma dans la direction de Douaouda-ville, le bus se fraya un chemin dans la foule hostile.

Ce n'est que le lendemain que j'appris que Tahar avait été relâché par les parachutistes.

Dans les jours qui suivirent l'indépendance, il fût tué par le FLN.

Voilà une petite page d'histoire que je raconte, quand on me le demande, à ceux qui veulent savoir ce qu'a été l'Algérie à l'âge de 14 ans.



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